Par Ève Lévesque

L’auteure de ce texte est finissante en journalisme à l’Université du Québec à Montréal

 

Au lendemain du dévoilement du budget fédéral, je traîne mon espoir comme un boulet. Inutile de dire que j’ai honte de mon pays.

Au lendemain de la proposition de fausse bonne foi de la ministre Beauchamp,

Au lendemain du budget provincial,

Mes déceptions ont creusé mes cernes d’étudiante indignée, combattant le cynisme à coups de rêves et de révolte.

Mais devant cela, nous ne pouvons que redoubler d’ardeur dans la bataille. Devant les inepties véhiculées, les faux arguments et la démagogie.

Je suis en grève, ou boycott comme vous voulez, et je me battrai jusqu’à la fin, jusqu’à ce que le gouvernement ouvre la porte à nos représentants, jusqu’à ce qu’il bouge.

Derrière mon carré rouge, je porte une tonne d’arguments anti-libéraux. Si j’ouvre la bouche pour parler du mouvement étudiant, je parlerai aussi de la mauvaise gestion gouvernementale de nos ressources naturelles et de notre argent. Certains me reprochent souvent, donc, de décaler le débat. Ils ont sûrement raison.

Mais devant ceux qui me disent « qu’il y a pire que ça dans la vie » et « qu’on devrait choisir nos combats », à cela, je réponds que chaque combat, chaque idée, chaque débat ouvrent toujours un peu plus la porte de l’esprit. C’est se questionner, évaluer, juger. C’est se convaincre de la force de nos arguments. C’est devenir plus fort.

C’est aussi ouvrir la porte à d’autres batailles, plus grandes et plus féroces.

Il n’y a pas de trop petit combat, pas de trop petites idées pour qu’elles ne valent la peine d’être défendues et exposées. Sinon, comment pensez-vous arriver à une société meilleure? Par où va-t-on commencer ?

Avons-nous une autre raison de ne pas nous battre si ce n’est que la paresse et la nonchalance?

Je porte le carré rouge. Je le fais pour une société plus juste. Je le fais pour les autres étudiants moins chanceux, pour ceux qui auraient voulu aller à l’université mais qui n’en ont pas eu les moyens. Je le fais pour mon frère et ma sœur. Je le fais dans l’espoir, un jour, de donner l’éducation en cadeau à mes enfants comme mon père l’a fait pour moi. Il est le contribuable. Je le serai bientôt aussi. Et je ferai ma juste part, s’il en est, et bien plus encore.

Nous ne pouvons donc pas baisser les bras, là. Pas maintenant. Ça serait rejoindre les rangs de l’immobilisme. Et même, si vous le permettez, de l’égoïsme intellectuel et de l’indolence. De l’irrespect envers notre rêve d’une société plus égalitaire.

Oui, la population en a soupé de nous voir, chaque soir, à travers l’écran de sa télévision, crier dans les rues de la ville. Oui, elle n’en peut plus qu’on l’empêche de circuler dans les rues du centre-ville, qu’on bloque l’accès à l’édifice où elle travaille, ou le pont qu’elle emprunte chaque matin. Mais si, à travers l’écran de cette frustration, nous sensibilisons chaque fois une personne à la cause, comme ici par exemple : http://tvanouvelles.ca/lcn/lebuzz/archives/2012/03/20120327-181015.html, nous atteignons un peu notre objectif. Celui de faire comprendre à la population, et au gouvernement, que l’accessibilité aux études, aidée par des droits de scolarité très bas, voire gratuits, c’est le début d’une société non seulement plus éduquée, mais aussi, en meilleure santé, mentale et physique, en pleine possession de ses moyens, plus forte économiquement, et maître chez elle.