Par Raphaël Ouellet

L’auteur de ce texte est photographe

 

Je suis un cynique. Voilà c’est dit, j’entre dans la catégorie des cyniques. Si on ajoute quelques paliers au niveau du cynisme, sur une échelle de 10 je me considère au moins à 9.

Pas que j’ai toujours été dans cette situation, j’ai déjà été président de mon école secondaire, j’ai siégé sur des conseils municipaux dans ma ville natale et je me suis battu contre chaque membre de ma famille de façon étalée sur plusieurs Noëls, Jour de l’An, Pâques, anniversaires quelconques, etc. Tsé, j’y croyais.

Chaque fois, j’avais une nouvelle bataille. Que ce soit l’industrie musicale au grand complet, les gouvernements, les hausses des frais de scolarité (c’est pas d’aujourd’hui hein!), le système de santé, la souveraineté ou tout autre débat. Chaque fois, je me butais contre des adultes qui me disaient « Attends de grandir, toi aussi tu vas te fatiguer et tu seras épuisé de lutter. »

Je me suis dit que JAMAIS je ne deviendrais aussi désabusé.

Avec le temps, ils ont malheureusement eu raison. Pas sur les points dont on discutait, mais sur mon engagement, mon implication et même un peu ma pensée. Je suis rapidement passé du gars qui crie le plus fort, à celui qui s’en crisse un peu plus que tout le monde.

J’en suis venu à être celui qui disait que ça ne changerait jamais. À rire de ceux qui crient le plus fort parce que j’avais déjà été à leur place. À trouver que les gens engagés étaient complètement à côté de la track la plupart du temps.

Tout ça s’est stoppé en quelques heures, quelques minutes, il n’y a même pas deux semaines.

Ça sort d’une conversation que j’ai eue avec ma mère. Elle me disait détester Gabriel Nadeau-Dubois et me sortait pas mal tous les arguments de Quebecor en boucle.

Je me suis emporté. Un peu trop. Je l’ai presque insultée, ma propre mère. Quand je suis descendu de sur mes grands chevaux, je lui ai envoyé un courriel expliquant ma position.

Le courriel s’est terminé comme ça :

« Je suis déçu de voir que tout le monde dans la société québécoise ne peut recevoir la même qualité d’information. Ou du moins, recevoir des faits qui sont hors d’une ligne éditoriale.

Mais ce qui me déçoit vraiment, c’est de voir que la société qui m’a vu grandir choisit l’argent devant les gens.

J’ai énormément de misère à concevoir qu’une personne puisse penser qu’une disparité sociale puisse être bien.

J’ai énormément de misère à concevoir qu’une infime minorité de gens deviennent hyper riches en profitant des plus pauvres.

Je comprends mal comment les Québécois qui sont contre le mouvement étudiant font pour ne pas comprendre que les étudiants se battent pour eux.

La seule chose qui me rend un tant soit peu fier de ma société, c’est qu’il y a des gens qui se lèvent pour dire que c’est mal et qui se battent tous les jours pour s’opposer à ce mouvement.

Parce que la société que je connais aujourd’hui s’est bâtie avec Vaillancourt, Duclos, Lemay, Gignac, Borduas, Désilet, Jasmin, Tousignant, Simon Blais, LeMoyne, etc.

Parce qu’aujourd’hui, j’aime mieux vivre dans une société sous Marc Séguin que sous Nathalie Elgrably-Lévy. Parce que j’aime mieux faire affaire avec des gens qui parlent avec leur coeur qu’avec leur porte-feuille. »

J’ai ensuite réalisé qu’en 2012, je fais un peu partie de ces artistes-là. Du moins, j’ai l’impression de faire partie un peu de cette communauté. La version 2012 du mouvement artistique québécois d’antan. Je me suis demandé comment je pouvais faire ma part, en tant qu’artiste « pas tant engagé ». Briser des vitres, c’est pas trop mon champ d’activité quotidien. Faire des photos un peu plus.

J’ai donc réalisé ça :

Une pièce qui représente un peu ce que je pense du conflit actuel. Étudiant, mais pas juste étudiant. Ça va plus loin que ça.

Le bras gauche levé, brandissant un carré rouge sanglant, une main de fer, un petit biceps au cas où la société en aurait besoin… Le bras gauche pointe vers l’avenir… Sur fond bleu espoir.

Ce n’est pas une invitation à la violence, c’est une constatation de la dégradation de la société dans laquelle j’ai grandi et d’un gouvernement sourd, sourd, sourd.

C’est la constatation que mes convictions ont été violentées.

Bref, comme l’information est rendue éparse de nos jours, j’ai simplement décidé de l’offrir à tous ceux qui voudraient s’en servir de quelque façon que ce soit.

Partagez, mettez-la comme photo de profil Facebook, faites ce que vous voulez avec. Je vous la donne, chère Société.

C’est un petit morceau de ma « juste part ».