Par Valérie Darveau

L’auteure est une étudiante en journalisme à l’UQAM

 

Depuis mardi dernier, quelque 11 000 étudiants d’à travers le Québec ont déclenché une grève générale illimitée pour se positionner contre la hausse des frais scolarité. Dans les jours et les semaines qui suivent, plusieurs autres associations étudiantes pourraient se rallier au mouvement de protestation. Pourtant, la ministre de l’éducation Line Beauchamp minimise les impacts d’un tel mouvement en précisant «qu’à peine un peu plus de 2% des 475 000 étudiants» désertent les salles de cours. Il faudrait simplement rappeler à la ministre que les votes de grève ne sont pas terminés, et qu’à voir les 200 CPE qui ont aussi déclenché une grève tournante aujourd’hui, les étudiants ne sont pas les seuls à faire pression sur son gouvernement en cette période préélectorale. D’ailleurs, ce 2% ne prendrait-il pas toute son importance pour la ministre s’il s’agissait d’un pourcentage pivot lors des prochaines élections? Mais ça, c’est une autre histoire.

On ne s’étonne plus de ce genre de réponse de la part des membres du gouvernement, tous paliers confondus. La manipulation de statistiques est devenu le pain quotidien des relationnistes lorsqu’il est question de faire dire ce qu’ils veulent aux journalistes. Ces derniers, qui ont longtemps été considérés comme les chiens de garde de la démocratie, s’en font de plus en plus caniches. Le cas de la grève étudiante est d’ailleurs un magnifique laboratoire d’observation sur l’attitude actuelle des médias.

La Presse présentait hier matin un graphique comparant les bas frais de scolarité des universités québécoises à ceux, exorbitants, des universités du reste du Canada et des États-Unis. Cet argument, devenu le fer de lance des regroupements pour la hausse des frais de scolarité, ne prend toutefois aucunement en cause le gouffre sans fond qu’est devenue la classe moyenne aux États-Unis, et que cette tendance commence à s’étendre vers le nord. Il ne considère pas non plus les frais de scolarité très bas de pays européens comme la France, où il en coûte environ 400 euros (520$ canadiens) pour une année d’études universitaires. Comment se fait-il qu’un grand quotidien comme La Presse puisse se permettre l’omission de tels «détails»? Sommes-nous ici dans une méconnaissance totale de l’enjeu, ou carrément dans la réalisation d’un graphique malhonnête influencé par les positions du gouvernement libéral?

Au Canada, le gouvernement conservateur pratique allègrement ce genre d’omission quand vient le temps «d’informer» la population. Le manque de transparence du gouvernement fédéral en place n’est désormais un secret pour personne : demandes d’accès à l’information bloquées, absence de reddition de comptes dans plusieurs dossiers, ministres et fonctionnaires muselés, etc. Les citoyens canadiens et québécois disposent de moins en moins d’informations pour comprendre les agissements et décisions des gouvernements. Comment peuvent-ils alors être en mesure de leur demander des comptes et prendre position de façon éclairée?

Si même les journalistes et les grands médias ne peuvent donner aux citoyens une version juste et impartiale des grands débats qui ont cours, il n’est pas étonnant que des sophismes éhontés se glissent dans les argumentaires des partis impliqués. En gavant ainsi la population d’informations aseptisées et de demi-vérités, les médias participent activement à son aliénation.