Par Stéphanie Dufresne

L’auteure de ce texte est présentement étudiante au certificat en journalisme à l’UdeM

 

J’ai 26 ans. J’ai deux diplômes universitaires, je parle trois langues, j’ai étudié un an en Europe, j’ai fait des stages à l’international, je connais des gens de partout sur la planète. J’aurais pu partir travailler ailleurs, ce ne sont pas les opportunités qui manquent. Et pourtant, j’ai eu envie de rester ici, au Québec. Quelque chose m’y retient encore. M’y retenais devrais-je peut-être dire, car je sais de moins en moins ce qui m’attache à ce « pays en détresse ».

Après avoir étudié quasi à l’étranger (McGill…) et en Europe, je suis rentrée à la maison avec une conscience exacerbée de mon appartenance au Québec. Après ce court exil, nos singularités et notre petite mais touchante histoire, avec ses moments forts comme ses creux, me rendait fière d’appartenir à un peuple qui n’a peut-être rien de grandiose, mais qui a quelque chose de vrai.

Pourtant, j’ai vite déchanté. Qu’est-ce que ce pays gris-beige a à offrir? Du pragmatisme-suivez-le-vent? De l’abdication-les-entreprises-vont-partir? Du conformisme-ça –se-fait-comme-ça-ailleurs? Du démagogue-360? Beau programme.

Comme bien des jeunes de ma génération, je suis interpellée par le politique, mais je déteste la politique et ses débats creux qui ne me disent plus rien. Je ne suis pas fédéraliste, le Canada n’est pas mon pays. Je ne le connais pas, et il me le rend très bien. Je ne suis pas vraiment souverainiste non plus, ce mot me semble appartenir à un monde qui n’est plus le mien. Il est éloquent et emballant lorsqu’il parle du passé, mais il ne me dit pas grand-chose de l’avenir. Du moins pas encore, pas comme il se propose présentement.

J’ai l’impression que nous sommes coincés dans un non-lieu, une zone grise ou l’ancien monde s’est effiloché mais le nouveau n’arrive pas à éclore.

Quand la grève étudiante s’est déclenchée, je ne m’attendais pas à ce que ça vienne me bouleverser à ce point. « Ah tiens, une autre grève. Oui oui, l’accessibilité aux études c’est important »… que je me disais. Pourtant, un peu à mon insu, l’enjeu est vite devenu très émotif pour moi. Pourquoi donc…? J’ai terminé mes études, j’ai la chance d’avoir obtenu des bourses d’excellence, et je n’ai pratiquement pas de dette…

Ce n’est pas la grève en soi, ni même l’enjeu des frais de scolarité qui me touche à ce point. Ces questions sont importantes, certes, même fondamentales, mais c’est ce qu’elles représentent de plus profond qui me redonne espoir. C’est de voir tous ces gens qui se mobilisent, qui se lient, se collectivisent. C’est d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi. C’est d’avoir un projet, une vision, un à-venir à construire.

J’ai du talent, des idées, de l’énergie, et j’ai enfin, ENFIN envie de les consacrer à cette cause qui me dépasse, qui me donne envie de me demander ce que je peux faire pour mon pays plutôt que ce que mon pays peut faire pour moi. C’est juste dommage que ce qui me mobilise serve à empêcher une destruction plutôt qu’à entamer une construction.

Ce n’est pas une guerre de dollars qui se mène ici. Ce n’est pas pour garnir leur portefeuille, se « payer un iPhone », « partir dans le sud » que les étudiantEs sont dans la rue. C’est parce qu’ils ont un projet commun, une vision d’un avenir meilleur ou notre destin est lié à celui des autres. Au-delà des intérêts « corporatistes », au-delà même du débat sur les principes d’accessibilité et sur le rôle de l’Université, je vois une génération qui se lève et qui tend la main aux précédentes, l’air de dire «nous sommes là nos aussi, marchons ensemble. S’il-vous-plaît, ne nous laissez pas derrière ».